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PIONNIÈRES DE LA RECHERCHE TRANSACTIONNELLE
Anne-Marie Mes-Masson, responsable de l’axe Cancer du CRCHUM
et directrice du Réseau de recherche sur le cancer du Fonds
de la recherche en santé du Québec (FRSQ), et Diane
Provencher, gynécologue et directrice du Service de
gynécologie oncologique du CHUM, forment un tandem
incomparable.
Ces femmes sont les pionnières de l’approche
translationnelle, soit un modèle de recherche qui permet de
faire une boucle entre les travaux de nature fondamentale et
ceux
réalisés en milieu clinique. Comme le souligne
Anne-Marie Mes-Masson : « Pour Diane, il était hors de
question de guérir les souris du cancer : « J’ai
des patientes à sauver. » m’a-t-elle dit
à notre première rencontre ! Voici pourquoi notre
point de départ, ce sont les besoins du milieu clinique. La
première étape : identifier une problématique.
Puis, en laboratoire, on cherche activement des solutions en lien
avec cet objectif. Une fois identifiées, elles sont
testées auprès des patientes, voici qui
soulève de nouvelles questions et nous renvoie au
laboratoire ! »
En 1990, ce type de collaboration était rarissime. Pas
étonnant si aujourd’hui ce modèle est de plus
en plus envisagé, c’est qu’il porte fruits.
Après deux décennies de dur labeur, les chercheures
commencent enfin à les récolter.
CONJUGUER DÉPISTAGE ET TRAITEMENTS
Ces deux scientifiques sont à la tête du Groupe
cancer de l’ovaire, un laboratoire dont les actions sont
orientées vers deux axes de recherche : le premier vise la
mise au point
d’un test de dépistage précoce et le second le
développement de meilleurs traitements. Ces deux aspects
sont le cheval de bataille pour vaincre le cancer de l’ovaire
: c’est que le dépistage précoce est inexistant
à l’heure actuelle et les premières phases de
la maladie, quasi asymptomatiques. De plus, même si
l’espérance de vie après le diagnostic est
passée d’un à cinq ans grâce à de
meilleurs traitements, le taux de survie n’est encore que de
30 %.
À LA RECHERCHE DE BIOMARQUEURS POUR DÉBUSQUER LE
CANCER
« Pour pouvoir détecter la présence du cancer
de l’ovaire dans le sang, il faut prendre le temps de
comprendre ce que la tumeur exprime. » indique Anne-Marie
Mes-Masson. « Notre laboratoire a déjà
identifié dix biomarqueurs (des molécules
présentes dans le sang pouvant indiquer la présence
d’une tumeur) qui s’avèrent
prometteurs; nous les testons actuellement auprès
d’échantillons de sang provenant de 700 femmes. Le
gouvernement du Québec, par l’entremise de son
ministère du Développement économique, de
l’Innovation et de l’Exportation ainsi que des
partenaires industriels ont déjà manifesté
leur intérêt à développer un test de
dépistage précoce qui sera efficace
pour la population. En 2003, les chercheures ont
débuté à collaborer en recherche avec Mario
Filion, lié à Alethia BioTherapeutics, grâce
à un financement de 8 millions de
dollars d’un programme de recherche de Génome Canada
et Génome Québec. Depuis, soutenus par diverses
subventions incluant des fonds des Instituts de recherche en
santé (IRSC),
les essais précliniques se poursui-vent afin de
développer des agents thérapeuti-ques, soit des
anticorps capables de combattre les cellules cancéreuses
ovariennes. Cette
approche est déjà utilisée dans la lutte du
cancer du sein.
VERS DE MEILLEURS TRAITEMENTS
Au cours des vingt dernières années, les chercheures
ont bâti une impressionnante base de données : la
banque de tissus et de données (BTD); elle contient 3 000
échantillons
provenant de tumeurs ovariennes, tant malignes que bénignes.
Cette démarche a permis à la BTD de se
démarquer en fabriquant ses propres lignées
cellulaires. Contrairement à
l’utilisation de lignées prove-nant de laboratoires
externes, les chercheures ont accès à une foule
d’informations : le type de cancer, l’âge de la
patiente, les traitements
reçus, les antécédents familiaux,
l’évolution du cancer, la réponse aux
traitements, etc. Voici qui influence grandement la qualité
et la précision de leurs recherches.
Ces lignées cellulaires servent à mener divers tests
in vivo sur des souris, soit dans un milieu vivant semblable
à celui des patientes. Il est alors possible
d’observer l’évolution de la tumeur en
réponse à différents traitements et
médicaments et de réaliser divers tests
génétiques. « Si nous pensons qu’un
gène pourrait jouer un rôle important dans le
développement du cancer, nous pouvons alors le retirer de
notre lignée cellulaire puis observer si la tumeur se forme
ou non chez nos souris. »
précise Anne-Marie Mes-Masson.
D’autre part, les deux femmes travaillent sur un projet
pancanadien nommé C.O.E.U.R. : Ressources unifiée et
expérimentale sur le cancer de l’ovaire (Cancer Ovary
Experimental
Unified Resources). Ceci permettra aux centres de recherches
affiliés de toutes les provinces au pays de pouvoir
consulter une vaste base de données sur le cancer des
ovaires.
ÊTRE UNE FEMME OEUVRANT EN RECHERCHE
Selon la Dre Diane Provencher, sa carrière n’a pas
été ralentie par ses sept grossesses ni par le fait
d’être une femme : « Je considère que
j’ai accompli ce que je voulais; je
ne crois pas que je pourrais aller plus haut ! » a-t-elle
révélé. Il existe cependant une injustice pour
les mères-chercheures. Les dames sont d’avis que le
congé de maternité
devrait être crédité. À l’heure
actuelle, une femme qui s’absente pour quelques mois afin de
s’occuper de son bambin n’a aucune note compensatoire
à son dossier. C’est qu’un chercheur est
coté selon le nombre de publications auxquelles il participe
par année. Si une chercheure ne publie pas pendant de longs
mois – car en congé de maternité – il y
aura un trou énorme sur sa feuille de route. La
gynécologue n’a jamais pris plus de trois mois pour se
remettre de ses accouchements. « J’ai même
dû m’absenter moins de trente jours pour honorer les
conditions d’un contrat de recherche. Je n’avais pas le
choix ! ».
Les chercheures se montrent optimistes quant à
l’amélioration des conditions de travail en milieu
hospitalier et ce, tant pour les mères que pour les
pères. Les deux chercheures
ont salué bien bas l’implantation des garderies en
milieu de travail; ceci leur a été salvateur. Comme
le rappelle la Dre Provencher : « Les mentalités
changent; il y a quelques
années, le congé de paternité n’existait
même pas. Il faut s’armer de patience...
»

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