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Il faut savoir que 50 % des diabétiques souffrent
aussi d'hypertension ; ce chiffre grimpe à 90 % chez les
femmes diabétiques de plus de 60 ans. Le tandem sème
la frayeur sur son passage : c'est qu'il vient souvent
accompagné de complication telles que des problèmes
cardiaques, des amputations, la cécité, de
l'insuffisance rénale...sans que l'on comprenne les causes.
Les récentes découvertes de Johanne Tremblay
pourraient mettre fin à ce jeu de roulette
russe.
UN TRAVAIL DE MOINE ET DE DÉTECTIVE !
Johanne Tremblay, responsable de l’axe Maladies
cardiométaboliques du CRCHUM, étudie la signature
génomique indiquant l’arrivée de complications
cardiovasculaires chez les
patients atteints de diabète de type II. Alors que la
génétique cible un certain gène, la
génomique s’intéresse à toute la
séquence du génome, soit l’ensemble du
matériel
génétique d’un individu. « Nous tentons
de savoir pourquoi certains diabétiques développent
des complications, alors que d’autres, dans le même
environnement, y compris avec
les mêmes médicaments, en sont exemptés.
». Une entreprise complexe ? À l’extrême !
C’est qu’une seule cellule humaine contient pas moins
de 30 000 gènes, soit deux millions de
marqueurs potentiels ! « Non seulement faut-il arriver
à reconnaître la fonction de chacun des gènes,
mais encore faut-il en re-constituer toute la séquence !
» de poursuivre la
chercheure.
EURÊKA, J’AI TROUVÉ !
Johanne Tremblay a néanmoins réussi à
identifier récemment deux gènes jouant un rôle
marquant dans l’expression de l’hypertension. Voici qui
vient s’ajouter à quelque 200
articles et nombreux brevets qui faisaient déjà
honneur à la réputation de la chercheure. Grâce
à ces découvertes, son équipe s’affaire
à présent au développement de tests
préventifs et diagnostiques,des outils précieux
servant à pointer quels sont les patients à risque de
développer l’hypertension et/ou le diabète de
type II, ou encore, ceux qui
pourraient subir des complications d’ordre rénal,
oculaire, cardiaque, cérébral ou vasculaire. Ainsi,
il serait désormais possible de traiter de manière
préventive un patient
avec tel gène déficient : suivi médical plus
étroit, régime alimentaire et mode de vie plus sain
(exercice physique régulier), etc. « Notre but ne
serait pas de guérir le
patient de la maladie, mais de faire en sorte que son expression
– ou les complications– reculent dans le temps.
»
BIEN DE L’ACTION AU LABORATOIRE !
Grâce à des échantillons provenant du projet
ADVANCE, soit une cohorte de 11 000 patients de race blanche
atteints de diabète de type II, son laboratoire a pu
profiler le
génotype (toutes les caractéristiques
génétiques d’un individu) de 3 000 candidats.
Les informations recueillies ont permis de réaliser des
corrélations génétiques, puis de
démêler lesquelles sont vraies de celles qui sont le
fruit du hasard. Dans la mire de la chercheure : étendre ses
recherches à d’autres races, avec des cohortes
de
Chinois, d’Indiens, d’Africains, etc.
VERS UNE MÉDECINE À L’ÉCOUTE DE CHAQUE
PATIENT
Selon Johanne Tremblay, le futur appartient à la
médecine personnalisée, aussi appelée
médecine de précision. Il s’agit d’une
approche sur mesure, qui tient compte du bagage
génétique des individus. Pas étonnant
qu’il y ait actuellement un véritable engouement pour
cette nouvelle médecine : les retombées positives
s’avèrent multiples.
« Tous les médicaments sont généralement
efficaces qu’auprès de la moitié de la
population seulement » commente la chercheure. « Notre
expertise de recherche pourrait nous
permettre d’identifier quels sont les patients qui risquent
de répondre le mieux à un certain médicament
à cause de leur bagage génétique »
explique-t-elle, faisant référence
à
la pharmacogénomique, cette branche de la science
s’intéressant à l’impact des
médicaments en lien avec le bagage génétique
de l’individu. Rappelons que les effets
secondaires
des médicaments se classent parmi les six plus importantes
causes de mortalité et d’hospitalisation des
systèmes de santé nord-américains.
(2)
Un autre exemple ? Avoir à retirer certains
médicaments du marché coûte des millions de
dollars aux entreprises pharmaceutiques. « Certains
médicaments mis aux oubliettes
pourraient avoir une seconde vie si on pouvait identifier les
patients susceptibles d’avoir des effets
indésirables.» soutient la chercheure. Donc, pas de
surprise si les
entreprises pharmaceutiques se montrent de plus en plus
intéressées aux percées de la médecine
personnalisée… et par l’expertise de Johanne
Tremblay et de son équipe au CRCHUM.
La décennie 2010 s’annonce donc fort prometteuse
!
Sources
(1) PubMed, selon un article de The Lancet datant de 2005
:
www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/15652604
(2) Vers une médecine personnalisée : www.cyberpresse.ca/sciences/genetique/
200904/07/01-844221-vers-une-medecine-personnalisee.php
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